Les limites de la performance : quand le mental s’en mêle…

Annabelle Dumais

Que se passe-t-il lorsque notre corps arrive au moment fatidique du « j’en peux plus…j’abandonne », au point critique où la douleur semble insupportable et que l’impression d’être sur le point de «mourir» nous gagne en vain?  A-t-on alors atteint les limites physiologiques de notre corps? Est-il, à ce moment donné,  impossible de répondre à la charge de travail, de pousser les watts qui nous permettrons de rester dans la course?

Les limites de la performance sont encore aujourd’hui controversées et plusieurs modèles tentent d’expliquer ce qui mène réellement à l’arrêt de l’exercice. Atteignons-nous les limites fonctionnelles de notre corps ou est-ce plutôt le cerveau qui dirige toute l’opération pour préserver l’intégrité de nos fonctions vitales? Est-ce que la tolérance à l’effort serait manipulée par notre centre de contrôle supérieur, serait-ce notre tête qui s’en mêle, s’emporte et envoie un signal d’alarme pour rétablir le calme?

Le modèle le plus souvent utilisé pour expliquer ce qui limite les performances est celui de Hill. Selon ce dernier, la contraction musculaire résulte en des changements dans le métabolisme, dans les réserves d’énergie ainsi que dans la réponse cardiovasculaire, respiratoire, thermique et hormonale qui perturbe l’homéostasie et amène à l’état de fatigue.

En d’autres termes, la demande excède la capacité dans un ou plusieurs systèmes entraînant leur déclin. L’arrêt de l’exercice surviendrait lorsque le débit cardiaque (volume de sang que le cœur fournit à l’organisme) maximal deviendrait insuffisant pour la demande et que l’apport sanguin aux muscles et donc, en oxygène serait limité. Cela les force à poursuivre leur travail en anaérobie (sans oxygène) produisant un excès de lactate et inhibant la contraction musculaire. Ultimement, le manque d’oxygène gagne le cœur ce qui diminue davantage son efficacité à fournir à la demande et ainsi l’arrêt de l’exercice devient inévitable.

Mais en décortiquant ce modèle, comme l’a fait entre autre Noakes, plusieurs phénomènes ne peuvent être expliqués par les concepts élaborés par Hill. Tout d’abord, le fait que toutes les unités motrices du muscle ne sont pas activées lorsque survient l’arrêt de l’exercice démontre que ce dernier n’a pas atteint son plein potentiel. Ensuite, la présence d’un effort intense, d’un sprint final au moment où la fatigue devrait être considérable. Et puis, l’influence de facteurs externes comme la température extérieure au moment du départ qui, lorsque plus élevée, malgré des températures corporelles initiales similaires, augmente la perception de l’effort dès le début.

Finalement, la démonstration que la performance peut être modifiée par diverses interventions comme la présence de musique, l’utilisation de placebos, l’expérience passée de l’athlète, la connaissance de la durée de l’effort, la présence de compétiteur, la fatigue mentale, l’oxygénation cérébrale, l’utilisation d’amphétamines et les récompenses monétaires montrent bien que la présence du contrôle des centres supérieurs existe réellement et influence considérablement les limites de la performance.

En effet, l’existence d’un système inconscient de régulation anticipatoire appelé téléoanticipation dont l’origine est au niveau du système nerveux central (SNC) agirait comme régulateur négatif en diminuant  les influx efférents envoyés aux différents organes. Grâce à plusieurs informations connues comme le niveau d’hydratation, la température extérieure, les réserves en glycogène musculaire, le niveau de forme, la capacité d’endurance, la charge totale et le niveau métabolique pouvant être toléré, le système nerveux central, et ultimement notre cerveau entraîne l’arrêt de l’exercice avant l’arrivée d’une défaillance biologique majeure. Il y a donc diminution du débit cardiaque ainsi que du recrutement musculaire puis finalement l’arrêt de l’exercice.

Les performances sont donc limitées par un facteur inconscient. Tout se décide entre les deux oreilles.  L’arrêt de l’exercice survient lorsque le cerveau l’ordonne, mais en réalité lorsque vous pensez être arrivé au bout et bien, vous ne l’êtes pas encore tout à fait… suffit alors de déjouer le subconscient, serrer les dents et amener le corps un peu plus près de son maximum absolu.

2 Responses

  1. BOUCHTA ABDEL dit :

    mais si on pousse le corps plus loin au moment de la fatigue est ce qui a pas danger?

    • admin dit :

      Oui, c’est sûre que le danger est là puisqu’il est possible que l’entraînement diminue la taille de la réserve de sécurité comme si on apprenait à se faire davantage mal.

      Par contre, lorsqu’on se rapproche des limites physiologiques de notre corps et bien ce dernier agit au-delà de notre volonté et se met en pilote automatique en diminuant la force de contraction de nos muscles et en détériorant la coordination de nos gestes de sorte qu’on se retrouve souvent coller au sol dans un état quelque peu végétatif…très très prêt de la limite!

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